Il est de bon ton d’asséner une évidence, sur le mode : « il y a trop beaucoup trop d’élus locaux en France, et il est impératif d’en réduire drastiquement le nombre ! Cela sera source de considérables économies budgétaires». On ne compte plus le nombre de billets, d’éditos, de publications de toutes natures développant cette thèse, avec force arguments. Au point qu’il est devenu totalement saugrenu de questionner ce point de vue.

Et pourtant, il y a lieu de s’interroger sur la pertinence de ce qui constitue une « idée reçue », à propos de laquelle il conviendrait vraiment de relire Flaubert et son fameux « Dictionnaire des idées reçues ». Sans nul doute que si la rubrique « élus locaux » avait existé, on aurait pu y lire la définition suivante : « inutile, obsolète, trop nombreux ».

Et pendant ce temps, la pauvreté et les difficultés de toutes natures continuent de toucher un nombre croissant de communes situées hors de l’orbite des métropoles.

Pour autant, il serait totalement erroné de penser que cette France et les habitants qui la peuplent baissent les bras et s’abandonnent définitivement à une prise en charge d’un Etat providence qui sera de moins en moins en mesure de répondre à ces attentes.

La France périphérique bien décrite par Christophe Guilluy [i] ne se résigne pas !

Et les citoyens élus sur ces territoires ne se résignent pas davantage.

Alors, à quoi peut bien servir un élu local aujourd’hui ? Notamment dans des territoires en déshérence, mais pas seulement ? La meilleure réponse est sans doute celle apportée par un élu local « de base » lors d’une soirée – débat à laquelle les habitants avaient été conviés pour prendre connaissance du projet de territoire élaboré par les élus dans une approche fortement participative : « Un des buts de l’élu politique, c’est d’aider les gens ». Sans doute ne manquera – t- on pas de beaux esprits pour se gausser de la naïveté de la formule et d’une telle conception de la vie politique locale et de ses finalités. Il n’en reste pas moins deux évidences :

  1. Si tous les élus locaux avaient effectivement cette conception de leur mandat et de ce qui fonde leur légitimité, la fonction politique conserverait davantage de noblesse et de prestige auprès d’une majorité de citoyens,
  2. Si les élus locaux et notamment les Maires disparaissent, que restera-t-il à ces populations pour prendre en charge les services publics de leurs territoires et continuer à se battre au quotidien pour leur garantir une vie quotidienne « normale » ?

L’importante participation à la réunion au cours de laquelle cette conception de la fonction de l’élu local fut exprimée atteste que les citoyens s’intéressent à leur territoire, à son devenir et souhaitent en être acteurs. Encore faut-il que certains d’entre eux soit mandatés pour le prendre en charge et formuler des propositions afin de les mettre en débat. Cette authentique vie démocratique locale serait irrémédiablement perdue si l’on en venait à supprimer les communes, les élus, les Maires, pour des économies qui ne seront pas au rendez-  vous.

***

[i] Les nombreuses critiques apportées à ses thèses ne prennent manifestement pas en considération les réalités observables de visu lorsqu’on prend le temps de parcourir et d’observer certains territoires français (de plus en plus nombreux) qui se vident de leur substance. Par ailleurs, les observations rapportées par des marcheurs aussi divers qu’Axel KAHN (Pensées en chemin) ou Jean-Paul Kauffmann (Remonter la Marne) attestent de ces réalités que certains ne veulent pas voir et encore moins expliquer.

L’élu local, l’énergie indispensable des territoires ?
Étiqueté avec :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *