Contraintes budgétaires, maîtrise des dépenses, réduction des déficits…Autant de concepts défendus autrefois par quelques experts pourfendeurs du gaspillage de l’argent public,  aujourd’hui repris par tout un chacun. La littérature sur le sujet est florissante et la presse intarissable : entreprises comme particuliers seraient au bord de l’asphyxie, refusant qu’un cran supplémentaire soit donné à une pression fiscale insupportable.

Le contribuable souhaite moins d’impôt, mieux utilisé, moins gaspillé.

Le citoyen, lui, souhaite un service public performant, une administration disponible qui lui fournisse des réponses personnalisées. Il veut rouler sur des routes impeccables et sécurisées, se soigner près de chez lui et envoyer ses enfants dans des écoles publiques performantes.

Ces deux points de vue semblent opposés, voire irréconciliables et alimentent les débats, notamment électoraux : comment promettre une baisse des impôts en même temps qu’un service public de meilleure qualité, répondant au plus près aux attentes d’usagers exigeants?

Ces dernières années, nombreuses ont été les réformes visant à rationaliser, réorganiser, moderniser : décentralisation, fusion des régions, développement de l’intercommunalité et regroupement des EPCI, nouveau maillage territorial des tribunaux, des commissariats de police, fermeture de dizaines de régiments etc.

Les gains attendus n’ont pas toujours été au rendez-vous, ou les mesures n’ont pas encore produit leurs effets.

C’est alors que surgit le spectre de la réduction du nombre de fonctionnaires et des agents publics de tous ordres. La variable d’ajustement serait donc celle-ci : la ressource humaine, jugée trop nombreuse, mal répartie.

La masse salariale représentant une très grande part des dépenses de l’Etat et des collectivités territoriales, sa diminution entrainerait mécaniquement une diminution des budgets et donc une baisse de la pression fiscale.

Ce qui n’était jusqu’à présent que pure théorie prend forme de programme.

Bien sûr il est admis que cela sera difficile, prendra un peu de temps mais le tabou est tombé et le projet n’a jamais semblé si près d’être abouti.

Fantasme? Menace en l’air? Promesse irréaliste?

Rien n’est moins sûr si l’on observe ce qui a pu se produire de façon beaucoup plus brutale au sein même de l’Union européenne…. Ainsi Portugal, Espagne et bien sûr Grèce ont taillé brutalement dans les effectifs  dans un effort colossal de remise à flots des dépenses publiques. Canada, Nouvelle Zélande et même la Suède ont réformé en profondeur leurs fonctions publiques respectives.

Au sein même de l’Etat français des réductions très conséquentes d’effectifs ici et là ont déjà été décidées et pour certaines mises en œuvre, avec plus ou moins de réussite et de pertinence.

Mais est-il réaliste de penser que décider de supprimer 100000, 500000, voire 1 million de postes résoudra d’un coup de baguette magique les problèmes budgétaires locaux et nationaux?

Assurément non, si cette décision ne s’accompagne pas d’une démarche volontaire qui vise à repenser les organisations et les manières de travailler. La réduction des dépenses publiques et donc, pour partie, celle des effectifs de fonctionnaires, peut être l’objectif du décideur politique. Il ne peut être celui du responsable de service dont la mission est d’assurer un service public avec les moyens qui sont les siens. Il devra intégrer la diminution à court ou moyen terme du nombre de ses collaborateurs mais non pas en faire son objectif, car dans ce cas il risque de faillir sur tous les tableaux.

Prendre dès maintenant la mesure de ces nouvelles contraintes c’est prendre la décision d’agir plutôt que de subir. Quelles missions demain ? Pour qui ? Comment? C’est l’occasion de se poser ces questions simples mais cruciales. Aucune réorganisation ne peut aboutir si elle n’est pas comprise et portée du haut en bas de la chaine de décision et d’exécution.

En impliquant l’encadrement de proximité et les collaborateurs, on donne chair à un projet désincarné, on lui donne vie. A défaut, il rejoindra dans un carton poussiéreux les projets oubliés ou enterrés, innombrables, vaincus par la force de l’inertie et aussi leur manque de sens. Il faut motiver les agents à « faire autrement » avec moins plutôt que « faire moins bien » avec moins et cela change tout.

Penser l’avenir en termes de missions et de priorités c’est concentrer ses efforts sur l’essentiel et se débarrasser des tâches inutiles, alléger des procédures rarement remises en question, valoriser les talents individuels en promouvant la délégation, responsabiliser les équipes, former aux métiers de demain…

En un mot les ressources humaines ont de beaux jours devant elles si on les implique pleinement dans le processus de décision et les arbitrages qu’il faudra assumer : restructurer à effectifs constants ne génère que peu ou pas d’économies. Réduire les effectifs sans réorganiser en intégrant cette contrainte aboutit au même résultat. Il est temps de raisonner de manière globale et non purement comptable, sans tabou.

C’est le défi qui attend les managers des administrations publiques dans les années à venir.

Plus tôt ils s’attelleront à cette tâche colossale mais passionnante, plus grandes seront les chances du service public «  à la française » de retrouver un nouveau souffle, réconciliant citoyens et contribuables qui au fond, sont bien souvent les mêmes…

Billet rédigé par Valérie Champion, consultante RH  pour le compte de Décision Publique

Les ressources humaines : la composante clé de toute réforme de l’action publique

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